LETTRE POUR L’OUVERTURE DU FESTIVAL LE TEMPS PRESSE

À force d’utiliser la terre comme « une chose », une matière subordonnée à notre bon vouloir, une matière sans vie, sans âme, sans ressenti, nous sommes maintenant piégés par notre orgueil et le résultat de notre ignorance.
Oui, le temps presse pour changer radicalement d’attitude, prendre des dispositions nécessaires et pour aider cette transition vitale,afin que les générations futures ne soient pas confrontées à un enfer sur terre.
La liste des résolutions à prendre est longue, mais il est impératif que nous tous, les citoyens, les dirigeants politiques, les entrepreneurs industriels travaillons ensemble.
Nous ne pouvons plus vivre comme si nous étions coupés du monde dans nos habitudes de pays riche en perdition. Nous ne pouvons plus vivre sans considérer la valeur existentielle de chacun, car les plus démunis seront les premiers touchés. Nous ne pouvons plus vivre loin des valeurs vitales en continuant à polluer la terre, l’eau et l’air impunément. Et enfin, nous ne pouvons plus vivre sans les valeurs fondamentales humaines et spirituelles qui font de nous des êtres humains, comme la bienveillance, la compassion, la générosité et l’écoute.
Aujourd’hui le Festival « Le Temps Presse » est d’une nécessité absolue.Nous devons dans un premier temps,voir, entendre, comprendre à travers des films,des rencontres, des experts, des penseurs, des lectures, des échanges, des reportages pour que notre conscience s’éveille, afin que l’information circule au sein de notre communauté et dans le monde. Nous sommes face au plus grand défi de l’humanité: le réchauffement climatique, mais aussi le repli des pays riches sur eux-mêmes.
Ce Festival symbolise la nécessité d’une conscience commune pour qu’un retournement humaniste (et non une aide humanitaire)soit fait dans la vie de chacun et pour provoquer les pouvoirs actuels en place. Nous avons besoin de politiciens sérieux, responsables,qui anticipent et mettent en place des solutions réelles.L’ère de la transition est arrivée ! L’ère du partage planétaire est arrivé !
Je crois que chaque pensée, comme chaque action participent à l’évolution de notre devenir. Nous nous devons de sortir de nos peurs, de nos habitudes égoïstes. Nous ne sommes pas le centre du monde. Certes, notre savoir est important – les innombrables avancées technico-scientifiques en sont la preuve – mais qu’est-ce que le savoir sans la prise en compte de l’autre, et de tout ce qui nous entoure ?
À force de ne pas nous interroger sur les conséquences de nos actions, à force de ne jamais nous demander si elles risquent de nuire aux autres, nous sommes parvenus à une forme d’indécence, d’indignité. La terre ne nous appartient pas, nous n’en sommes que les garants. À nous de savoir renoncer à l’ancien monde, celui de l’avoir, du profit, du progrès mercantile. Notre dépression ne viendrait-elle pas de ce que nous avons oublié, ce pour quoi nous étions venus faire sur terre ?
Retrouver la foi d’un enfant, un sourire, tendre la main est notre seule survie véritable.
Construisons en nous, un fondement sur lequel bâtir, afin qu’un avenir possible, digne, puisse voir le jour. Déclarons la paix, à nous-mêmes, à notre famille, à notre communauté, aux pays voisins, à l’étranger qui vient dans notre pays, aux pauvres, aux riches, à tout ce qui nous fait si différent,car nous ne sommes pas seuls, nous sommes unis.
Juliette Binoche